Histoire de la science fiction française : le temps du renouveau (1990 – 2002)

Dès 1988 on sent un souffle nouveau arriver. Et comme souvent les choses viennent de Fleuve Noir Anticipation. La nouvelle directrice de collection Nicole Hibert signe de nouveaux auteurs français d’un niveau littéraire supérieur aux grands classiques de la collection, ouvrant ainsi un nouvel espace de publication à des auteurs qui ont de plus en plus de mal à s’exprimer. C’est ainsi que Ayerdahl, Laurent Genefort et Serge Lehman (sous deux pseudonymes différents) rejoindront les rangs des auteurs publiés entre autre. En 1992 Philippe Hupp reprendra la collection et poursuivra la politique de sa devancière. Et l’on verra arriver Alain Le Bussy, pilier du fandom francophone, fanéditeur, qui jusqu’à présent n’était comme beaucoup d’auteurs, publiés seulement en fanzine.

En 1992 toujours, chez Vauvenargue arrive un débutant nommé Pierre Bordage. Vauvenargue a été pendant longtemps qu’un éditeur de for men fiction. Ils avaient commencer à s’en démarquer notamment en traduisant les Dumarest de EC Tubbs dans les années 80. Au début de la décennie 90, ils recherchent une nouvelle saga spatiale et c’est ainsi que la série des Rohel le Conquérant, va apparaître. L’année suivante Bordage publiera le premier tome des Guerriers du Silence chez L’Atalante. Et ce sera l’un des best sellers de la science fiction française durant les deux décennies qui vont suivre.

L’étage suivant de la fusée se met en place en 1996 où deux revues apparaissent, Bifrost et Galaxies. 1996 ce sera aussi la sortie d’une anthologie, Genéses, qui publie des textes des meilleurs auteurs français de l”époque. C’est aussi l’année où Serge Lehman publie son premier recueil de nouvelle puis quelques mois après son premier roman.

La SF française se remet sur orbite. De nouveaux éditeurs apparaissent : Mnémos ( qui publie surtout de la fantasy à ses débuts mais qui s’ouvre ensuite à la SF), Nestiveqnen, Le Bélial ( émanation de la revue Bifrost). L’éditeur de poche J’ai Lu crée une collection demi format, Millénaire. Bref on s’enthousiasme pour une nouvelle génération d’auteurs : Jean Jacques Nguyen, Thierry Di Rollo, Olivier Paquet, Claire et Robert Belmas, Johan Héliot. Bref les choses évoluent. Les auteurs de SF n’hésitent pas à faire des incursions dans la fantasy. Gilles Dumay, qui à l’époque a repris la collection Présence du Futur de Denoel se met à parler de fusion, revendiquant une voie hybride mélant SF et fantasy et incorporant parfois aussi des éléments de littérature générale, et surtout qui intègre massivement les sciences humaine dans le champ de la SF, loin de hard science très en vogue  à cette époque en Amérique du Nord. Bref on pense que la science fiction française a un avenir.

Ce en quoi on se trompe. Pourtant les choses continuent leur bonhomme de chemin jusqu’en 2002. La revue Galaxies crée sa propre maison d’éditions, Imaginaire sans frontière (qui fermera ses portes vers 2007). Le magazine Science Fiction Magazine est lancé en 1998 et va connaître une période faste (et deux équipes rédactionnelles successives) jusqu’en 2002. Le journal Le Monde va même lancer publier une série de publication de nouvelles de SF en encart durant les deux mois d’été au cours de l’années 2000 ( les autres années c’était le roman policier qui avait droit à cet honneur). Bref on croyait que tout était pour le mieux.

Mais le renouveau se brise en 2002. Curieusement la situation politique française n’y est pas étrangère. La présence d’un candidat d’extrême droite au deuxième tour des élections présidentielles cette année là, est sans doute le déclencheur de quelque chose. Une grande partie des classes moyennes délaisse la SF pour le roman noir, roman de dénonciation sociale pure et dure. L’avenir ne fait plus rêver. Les littératures de l’imaginaire sont dominées par la fantasy qui va donner quelques oeuvres d’excellentes qualités.

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