Tout commence avec JH Rosny Aîné au début du 20éme siècle. Ce pionnier de la SF écrit les Navigateurs de l’Infini où un groupe de Terrien se rend sur Mars. Pour la première fois le voyage interplanétaire s’inscrit dans le champ de la littérature et c’est loin d’être la dernière. Même si dans la proto-SF de la première moitié du 20éme siècle ce thème est loin d’être la préoccupation principale des auteurs, il nous faut quand même signaler quelques incontournables : Le prisonnier de la planète Mars et sa suite, la Guerre de Vampires de Gustave Lerouge, La roue Fulgurante de Jean de la Hire.

C’est après la guerre que ce sera la déferlante. Et tout commencera avec cette collection qui fut si décriée de son « vivant » et dont on se rend compte aujourd’hui combien elle a été précurseur tout en restant dans un champ extrêmement populaire. Maurice Limat avait commencé a publier avant guerre. Il était déjà très prolifiques dans les années 30. Dans l’immédiate après guerre après avoir donné quelques volumes à d’éphémères collections spécialisée, il commence sa carrière chez Fleuve Noir où créera un véritable univers dominée par la coalition Terre – Mars – Vénus : le Martervenux. Un personnage émergera : Bruno Coqdor qui fut pour la science fiction française ce que le Captain Future de Edmond Hamlton a été pour la SF américaine : le héros populaire de l’espace. D’ailleurs il a de nombreux points communs avec son homologue américain : une forte culture scientifique et un meilleur ami policier. Il vit des aventures qui n’ont rien à envier à celle que raconte Hamilton.

Mais des oeuvres plus ambitieuses vont éclore. Et là c’est vers le Rayon Fantastique, la collection SF de Gallimard qu’il faut se tourner. Francis Carsac fut un grand de la SF française. On lui doit des space opera teinté d’un peu de hard science comme Ceux de Nulle Part ou Terre en Fuite. Nathalie Hennerberg fut un autre de ces piliers de la science fiction spatiale. Ses oeuvres sont colorées par une grande poésie. On lui doit entre autre un immense livre univers : La Plaie auquel elle donnera une suite dix ans plus tard Le Dieux Foudroyé. Cette histoire d’une galaxie en proie à une mystérieuse épidémie a marqué toute une génération. Cette maladie n’est finalement pas loin des histoires de zombies mais avec la brillant qui la caractérise Nathalie Henneberg y a mêlé de nombreuses thématique comme les mutants ou les extraterrestres, elle a su y instiller un souffle épique qui en fait une oeuvre à part.

A la fin des année 60 le Fleuve Noir accueille de nouveaux auteurs qui sauront amener le genre au delà de ses limites. D’une part Pierre Barbet, fin connaisseur de la SF américaine a écrit des cycles qui n’ont rien à envier à ceux des auteurs d’outre atlantique : que ce soit les aventures d’Alex Courville, agent secret intergalactique ou celle du Chercheur un vaisseau d’exploration spatiale qui évoque l’Entreprise de Star Trek, il fait preuve d’une grande maîtrise. Avec Jean et Doris le May, on revient vers des oeuvres mêlant SF et et poésie. A travers un cycle mettant en scène une fédération galactique et ses forces de police, ils décrivent des mondes totalement dépaysants avec une magnifique imagination. Enfin P.J Herault, nous conte les tribulations de Cal un Terrien naufragé sur une planète lointaine. Il y découvrira une base extraterrestre désaffectée. Il se mettra en hibernation, ne se réveillant quand la planète connaît des crises, période où il interviendra comme un homme providentielle.

Les années 70 seront assez déprimantes. Le temps est à la spéculative, liée à des idées très fortement engagée. Les auteurs de space opera sont suspectés d’opinions qui ne sont pas les leurs. Finalement certains s’y essaye quand même comme Jean Pierre Andrevon que ce soit sous son nom ou le pseudonyme d’Alphonse Brutsche. C’est encore au Fleuve Noir que le genre survit. Nous citeront Louis Thirion qui se détache par sa qualité littéraire de la grande majorité des auteurs de l’éditeur populaire.

Dans les années 80 ce sera une période de calme plat qui finira par être brisée à partir de 1986. Christian Léourier sortira le cycle de Lanmeur, une série de romans de space opera à forte coloration ethnologique. A partir de 87 le Feuve Noir ne cessera de publier de nouveaux auteurs. Nous citerons parmi les oeuvres qui nous intéressent :

-Jean Claude Dunyach avec le Jeu des Sabliers un space opera de science fantasy poétique, puis Etoiles Mortes, le début du cycle des AnimauxVilles ou les humains vivent dans de vastes cités vivantes dispersées à travers la galaxie.

– Laurent Genefort commence à bâtir son univers de la Panstructure, et devient l’un des plus jeunes auteurs publiés par la collection Anticipation en signant le Bagne des Ténèbres alors qu’il n’a pas 20 ans.

– Serge Lehman publie la Guerre des Sept Minutes sous le nom de Don Herial.

– Roland C Wagner publie les Psychopompes de Klash sous le nom de Red Deff.

– Michel Pagel lui se lance dans la publication de l’Oiseau de Foudre.

– Jean Christophe Chaumette se lancera dans une vaste fresque, le Neuvième Cercle mêlant space opera militaire et esthétique gothique.

– Enfin la grosse surprise c’est Ayerdahl avec la Bohème et l’Ivraie. Cette oeuvre sera comme le signal d’un renouveau.

Renouveau dont l’auteur majeur allait être Pierre Bordage. Après avoir écrit chez Vaugirard une série populaire, Rohel le Conquérant, (où il s’amuse à reprendre les codes de l’Odyssée et à les transposer dans un univers de space opera), il livre une oeuvre majeure alliant souffle épique, propos humanistes, mysticisme et imagination brillante : Les Guerriers du Silence.

Le space opera va continuer à vivre aussi bien sous la forme du roman que de la nouvelle. Et les choses vont aller leur petit bonhomme de chemin jusqu’en 2002, date à laquelle, la SF va se faire plus rare détrônée par la fantasy. Ce sont les petits éditeurs comme Rivière Blance, Voy’el ou Eons qui vont se charger de continuer à faire vivre l’imaginaire spatial francophone.

Malgré tout le début des années 2010 voit apparaître quelques textes qui sortent du lot comme la trilogie Quantika de Laurence Suhner, Loar de Loïc Henry ou alors Qantice de Tony Beaufils.

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