Rencontre avec les éditions Hydralune

hydralune002Le mois dernier je vous parlais des éditions Hydralune.  Hydralune est un collectif formé par neuf auteurs : Andrea Deslacs, Julie Limoges, Arnaud Grocagne, Roxane Tardel, Stéphane Lesaffre, A.F Lune, Audrey Aragnou et Iphégore Ossenoire et Catherine Loiseau.  Il est temps d’en savoir plus sur un projet assez atypique dans l’édition SF française. Non pas que les collectifs d’auteurs qui s’éditent soient rares ( Bad Wolf, Zio Books ou Otherlands), mais celui ci va jusqu’au bout d’une logique éditoriale d’envergure. Il fallait bien une interview pour qu’ils nous en disent plus.

Comment est né le projet ?

Le projet Hydralune est né dans l’esprit d’un groupe d’auteurs, collaborant déjà entre eux pour des relectures ou des corrections, des projets collectifs ou personnels.

Beaucoup d’entre nous comptent des nouvelles publiées chez différents éditeurs, mais dans le domaine des romans, nous étions tous confrontés au même problème : celui de ne pas correspondre aux lignes éditoriales ou aux conditions de soumissions (taille du texte, nombre de tomes, tranche d’âge visée, type de récit de l’imaginaire, etc.) des maisons d’édition déjà existantes. Sans compter qu’elles croûlent sous les manuscrits.

Écrire une histoire à la croisée des genres, qui plus est à travers des récits longs, voire en plusieurs tomes, avec un style travaillé parfois dit « littéraire », génère une accumulation de complications pour un auteur encore peu connu.

Pourtant, nous avions lu avec plaisir les manuscrits des uns et des autres ; nous possédons des bibliothèques fournies qui ont affiné notre perception de la SFFF ; nous travaillons au sein de l’Association des Plumes de l’Imaginaire pour aider les jeunes écrivains à se perfectionner sur le fond et la forme. Nous pensons donc avoir développé suffisamment de sens critique pour reconnaître le potentiel d’un écrit ou écarter un autre moins probant.

Un individu seul peut faire preuve d’ego en s’imaginant avoir créé une œuvre incroyable. Mais quand tout un groupe le remet à sa place, le force à retravailler et un jour enfin, lui affirme qu’il est parvenu à créer un récit fort auquel croient désormais tous les membres du groupe, peut-on abandonner une telle histoire au fond d’un disque dur s’il ne correspond pas au marché actuel ?

Nous avons décidé que non. Nous sommes des auteurs dont les écrits débordent des sentiers battus et nous prônons une écriture travaillée. Nous savons que nous ne correspondrons pas à tous les publics, mais nos écrits, très divers les uns par rapport aux autres, sauront trouver leur lectorat. Nous en sommes certains et voilà pourquoi le projet Hydralune est né.

Vous fonctionnez comme une coopérative d’auteurs. Le collectif qui est de neuf auteurs aujourd’hui est-il fixe, ou d’autres auteurs peuvent-ils être amenés à le rejoindre dans l’avenir ?

Les auteurs du collectif se connaissent pour certains depuis plus de dix ans, mais les derniers arrivés ne sont à nos côtés que depuis 2015. Nous nous sommes rencontrés pour certains grâce à des forums d’écriture, pour d’autres par le biais de la revue Etherval et de ses sélections de textes. Nous avons aimé les univers des uns, les styles des autres, l’imagination de tous. Nous nous enrichissons de nos rencontres et nous avons tous les mêmes critères d’exigence quant à la forme, au fond et à l’originalité des histoires.

Le projet Hydralune est le fruit d’un an de réflexions, de concertations, de décisions. Nous avons établi une charte que chacun doit respecter. Par exemple, un récit doit être relu et retravaillé jusqu’à ce que plus aucun veto n’entrave sa sélection. En effet, une œuvre postulante doit convaincre suffisamment de membres du collectif pour être estampillé « Hydralune ». Nous n’avons aucune raison de laisser entrer dans notre collection une œuvre par simple copinage. À chaque parution, c’est la réputation et la crédibilité de l’ensemble du collectif qui est en jeu.

Les membres de Hydralune sont actuellement neuf, mais ce chiffre n’est pas figé. L’équipe a travaillé ardemment pendant de longs mois pour donner des fondations solides à « Hydralune, la Fabrique à Chimères ». Appartenir à un collectif, c’est s’investir dans ses actions et dans ses missions. Ce n’est pas simplement apposer un logo sur une couverture et croire que le groupe se charge des ventes. C’est un investissement en temps et en énergie. Les membres de Hydralune participent à des associations, ils y ont développé un état d’esprit collectif et des notions d’engagement. Poser une candidature auprès de Hydralune, c’est s’engager dans un projet exigeant et s’attendre à beaucoup de travail.

Est ce que vous allez publier aussi des auteurs extérieurs au collectif ?

Actuellement, nous n’avons pas de soumissions ouvertes aux auteurs externes. En revanche, par le biais de la revue Etherval, nous recevons de nombreuses nouvelles et tissons ainsi des liens avec de nouveaux auteurs. Nous les invitons parfois à rejoindre notre plateforme de travail et c’est ainsi que nous découvrons leurs autres œuvres personnelles.

Que pensez vous du paysage actuel des littératures de l’imaginaire en France ?

Il est foisonnant. Jamais on n’a vu autant d’auteurs et de maisons d’éditions françaises. L’import occupe encore une place prépondérante dans le rayon des librairies, d’autant que la diffusion est difficile pour les petites maisons d’édition. Deux tendances se dessinent : l’ultraspécialisation dans un genre, et le chevauchement d’une mode. Et par-ci par-là, quelques OVNIS qui surprennent tout le monde.

La science-fiction vit des heures difficiles, avec toujours l’espoir de retrouver son audience de jadis. Le fantastique et sa sous-catégorie de la bit-lit sont arrivés à se maintenir et à conserver leur public. La fantasy demeure le genre le plus plébiscité. De façon générale, la SFFF se fragmente en petites catégories. Les lecteurs des années 80 auraient-ils seulement imaginé qu’on classerait certaines de leur lecture d’antan en « hard SF » et qu’on voudrait leur consacrer des collections de « young adult » ?

La littérature de SFFF n’a de toute façon pas « un » public, mais « des publics ». La diversité est là pour répondre aux goûts de tout un chacun. Il reste le souci de la diffusion, de la distribution et de la promotion. Le fameux lien à établir entre le lecteur et « son » auteur. Là est la place des éditeurs.

Si les préférences des lecteurs vont encore spontanément vers les auteurs anglo-saxons, la littérature de l’imaginaire francophone a pourtant sa patte. Elle est facilement reconnaissable. Elle est teintée de notre culture. Or, il est aussi temps qu’elle devienne la source de notre culture.

La balle est dans le camp des trois acteurs de l’imaginaire : les auteurs, les éditeurs et les lecteurs. Il ne reste plus qu’à transformer l’essai et faire en sorte que la science-fiction fantasy fantastique trouve ses lettres de noblesse et soit considérée comme une « vraie » littérature.

Pouvez-vous présenter quelques une de vos futures publications ?

Outre la suite du Soleil des hommes et de Heaven Forest dont les seconds tomes vont sortir au cours du premier semestre 2017, nous préparons une pépite à la croisée du steampunk, de l’aventure et de la comédie : Ceux du mercure. Le récit se déroule sur l’île de Kerys, une république que le reste du monde jalouse, car les abominations l’attaquent moins souvent qu’à son tour (attaquent la population moins souvent qu’ailleurs?). Il faut dire que les savants ont équipé les brigades du mercure d’armes redoutables pour protéger les insulaires. Au point que les Kérysiens auraient volontiers mis leurs doigts de pieds en éventail. Évidemment, cette tranquillité ne va pas durer !

Dans notre besace, nous avons également un récit de light fantasy. C’est un genre qui a du mal à s’implanter en France, mais nous voulons montrer qu’il est possible de s’amuser avec des auteurs français. Le lecteur virevoltera entre les soldats du Souquenille, une divinité dépressive, des dragons indolents et de tonitruants héros qui vont secouer le cocotier ! Ce court roman parie sur une approche stylistique aux antipodes de la high fantasy, ce qui devrait en faire un bon compagnon sur le chemin du travail.

Vers la fin 2017 devrait aussi se profiler un premier tome d’étranges chroniques entre les mondes, le récit d’une guerre de domination et de perdition à la stylistique stupéfiante mêlant conte philosophique et paraboles poétiques : Les chroniques de Garandhay. À la limite entre la saga épique de fantasy et la littérature de l’absurde, ce récit a toute sa place dans la collection d’Hydralune.

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